Homélie du dimanche 17 mai, 6ème dimanche de Pâques

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Sur la 2e lecture, 1re épître de saint Pierre, 3, 15-18 :  

15 Bien-aimés, honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ.
Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; 16 mais faites-le avec douceur et respect.
Ayez une conscience droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ.
17 Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. 18 Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair , mais vivifié dans l’Esprit
.

Depuis le 2e dimanche de Pâques jusqu’au 7e, nous suivons la 1re lettre de Pierre en 2e lecture. Aujourd’hui nous sommes au milieu de ce texte en 5 chapitres.

On peut imaginer Pierre à Rome, peu avant la persécution de Néron qui touchera les chrétiens de Rome et où il trouvera la mort (64). Il s’adresse aux chrétiens dispersés dans les différentes provinces de l’Asie mineure. Ceux-ci sont pour la plupart d’origine païenne, beaucoup sont semble-t-il de condition modeste. Ils ne vivent pas entre eux en un seul lieu puisqu’ils sont disséminés auprès de leurs compatriotes. Mais leur conversion a transformé leur vie à tel point qu’ils se trouvent un peu étrangers, pour ne pas dire étranges. Ils ne participent pas au culte des idoles, ni à la course aux richesses, aux honneurs et aux plaisirs (cf 4, 4). Nous  sommes encore  loin de la grande persécution officielle et généralisée qui sera organisée par l’empereur Domitien (96). Pourtant la lettre fait allusion à bien des souffrances qui éprouvent leur foi comme l’or à travers le feu : calomnies, vexations, railleries, ostracisme à cause même de leur nom de chrétiens, voilà le climat difficile qui ressort de cette lettre. A la longue, le découragement ou la colère pourraient les miner, les détourner du chemin de Jésus. 

Que leur propose Pierre pour les aider à maintenir la flamme, entre eux et à l’égard des autres ? Parmi d’autres pistes, en voici quelques-unes : espérance, joie, recherche d’une vie sainte, amour fraternel, esprit civique, liberté, témoignage. 

Il leur rappelle l’élan des commencements, quand ils ont été baptisés : la « vivante espérance pour laquelle Dieu les a fait renaître par la résurrection du Seigneur » (1, 3). Libérés d’une conduite superficielle qui laisse l’âme vide, ils se dépensent pour un héritage qui ne connaîtra pas la destruction.

Il leur montre une joie très haute  à travers l’épreuve, la joie de communier aux souffrances du Christ, « lui qui insulté ne rendait pas l’insulte » (2, 23), lui qui, « mis à mort dans la chair », a été « vivifié dans l’Esprit » (3, 18). C’est vraiment une joie peu commune, qui est pourtant une constante chez les premiers chrétiens. Cette joie ne plane pas comme un déni des souffrances : nous sommes atteints par le mal autant que tout être humain. Quelle est donc cette joie ? Comprenne qui pourra.

Puisque personne n’est à l’abri des tentations, il les exhorte à devenir saints en laissant en arrière les convoitises d’autrefois (cf 1, 14), à résister au démon, non par leurs propres forces, mais par la foi, par l’accueil du berger de nos âmes qui prend soin de nous si nous lui remettons nos soucis. C’est lui qui nous affermit et nous rétablit (cf 5, 5-11).

Il les encourage à intensifier entre eux, en communauté, la charité fraternelle, pleine de compassion et d’humilité, active par l’hospitalité, le service, la mise en commun des dons spirituels, tout cela sans récriminer (cf 3, 8-9 et 4, 8-11) et avec un cœur pur (1, 23).

A l’égard du monde hors communauté, pas de repliement ou de rébellion. Pierre leur demande d’être « soumis à toute institution humaine » (2, 13), à « honorer tout le monde » (2, 17), ce qui est la marque d’une participation active, sans partialité, au bien commun qui regarde tous les hommes. Attention, ce n’est pas la servilité : « Soyez des hommes libres ». Mais pas d’arrogance : « Soyez des hommes libres, sans toutefois utiliser la liberté pour voiler votre méchanceté » (2, 16). Quel chemin de crête !

La préoccupation pour les autres, non-chrétiens, va encore plus loin : « Vous êtes un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (2, 9). Loin de les fermer sur eux-mêmes, leur expérience profonde faite de joie et de peine les transforme en témoins, aussi bien dans la parole que par « une belle conduite parmi les gens des nations », propre à ouvrir les yeux de ceux qui les méprisent sur la gloire de Dieu (cf 2, 12).

A vous de chercher en quoi tout cela est très actuel ! Tout cela nous amène au passage de ce dimanche que je vous invite à relire. 

Vous y trouvez cette vocation de témoins rayonnants qui est la nôtre, mais  débordant de la présence du Christ qui est un trésor à « sanctifier dans nos cœurs ». 

La solidité de la foi  permet de ne pas rester par terre face à une épreuve, une critique, des arguments contradictoires. Il ne s’agit pas seulement de se défendre d’ailleurs. Même une contradiction peut être le signe d’une quête profonde qui nous stimule : les gens extérieurs à la foi ont besoin de voir la cohérence entre notre foi et notre vie, et parfois sans le dire ils aimeraient partager notre espérance. Le témoignage que nous pouvons offrir, c’est bien une espérance. Elle ne vient pas de nous, c’est l’œuvre de Dieu, mais c’est quand elle est « en nous » (3, 15) qu’elle peut passer dans les autres. Elle n’est pas une leçon apprise, mais une expérience, pas seulement des mots et des émotions, mais une force qui met en mouvement toute notre vie même à travers les épreuves, et qui peut entraîner d’autres.

La fermeté du témoignage est loin de l’orgueil et du mépris, de l’esprit de supériorité et de domination, qui peuvent nous habiter. Pierre en est conscient, c’est pourquoi il ajoute : « Mais que ce soit avec douceur et respect » (3, 16). Il y a beaucoup de choses dans ce « mais » !

La douceur et le respect, fruits de l’amour,  ne passent pas automatiquement cependant. On peut se trouver désarmé devant une hostilité incompréhensible, qui n’est pas liée à nos manquements mais au mystère de l’endurcissement des cœurs. Demandons à Dieu  de nous garder dans l’espérance des béatitudes dans ce cas. « Heureux les doux… Heureux ceux qui souffrent la persécution à cause de mon nom ».