Article Carême 2021 la tentation et l’épreuve

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Frère Bruno Article Carême 2021 – Paroisse Saint Jacques Mont Saint Aignan.

En cette année 2021, quels sont nos sentiments au début d’un Carême ? Sera-t-il atténué en raison de tous les efforts fournis depuis le début de la pandémie… ?
Trop d’épreuves ? Peut-être … Mais est-ce du même ordre ? Trop de découragements devant la culture de mort ? C’est certain, et pourtant si nous voulons gagner ces luttes, c’est peut-être l’heure d’entrer dans un combat plus résolu encore… Il y a des démons qui ne sont chassés que la prière et le jeune, prévient Jésus (Mt 17, 21) … Si au moins nous ne nous trompions pas de combat… Et tout d’abord, il nous faut être convaincus que la tentation fait partie de notre pèlerinage sur la terre… Jésus a été tenté… le disciple n’est pas au-dessus du Maître (Lc 6, 40)… Bien- aimés, ne soyez pas surpris, comme d’une chose étrange qui vous arrive, de la fournaise qui est au milieu de vous pour vous éprouver (1 Pierre 4, 12). Le terme grec (peirasmos) peut avoir le sens de tentation ou d’épreuve. On repousse la tentation mais on traverse l’épreuve par la puissance rédemptrice de l’Amour présente dans la Croix du Christ.

Saint Antoine le Grand, le père des Moines, disait à Abba Poemen que le grand défi que « les êtres humains pouvaient et même devaient relever, consistait à toujours supporter la responsabilité de leurs propres péchés devant Dieu et s’attendre à être tentés jusqu’à leur dernier souffle ». (Abba 207)
Saint Jean Cassien expérimente bien la même chose : « Celui qui reste sujet, dans sa chair, aux guerres de la concupiscence, ne jouira point de cette paix d’une façon stable (…) jusqu’au jour où le Seigneur « fera cesser les guerres jusqu’aux extrémités du monde, brisera l’arc et rompra les armes, et consumera par le feu les boucliers. » (…) Les arcs et les armes qu’il brisera, sont ceux dont les puissances du mal se servaient contre cet homme, dans une guerre incessante du jour et de la nuit, pour percer son cœur avec les traits enflammés des passions. (…) Mais jusqu’à ce que nous obtenions cette paix solide et durable, nous devons nous attendre à de multiples assauts. (Conf XII, 6) »

Et saint Isaac de Ninive affirme aussi que nous devons nous attendre à combattre fidèlement :

« Ne refuse pas les tribulations, car c’est par elles que tu entreras dans la connaissance de la vérité. Ne crains pas les épreuves, car c’est en elles que tu trouveras des biens précieux. Prie pour ne pas entrer dans les épreuves de l’âme ; mais prépare-toi de toutes tes forces à celles du corps sans elles, en effet, tu ne peux pas t’approcher de Dieu, car elles portent en elles le divin repos. Celui qui fuit les épreuves, fuit la vertu. » Saint Isaac le Syrien, 44 Discours, 8.

Mais pourquoi se battre ? Nul n’ignore ses limites, son péché ! Devant un échec, une remise en cause est facile… Mais devant Dieu, n’est-ce pas la conscience humble qui se trouve embellie de l’aveu de sa petitesse ?
Nous combattons contre notre orgueil, et il peut se loger partout ; le plus souvent masculin, un orgueil démesuré, il est parfois féminin, l’orgueil est la mère de tous les vices… L’orgueil est toujours la recherche de sa propre excellence et peut venir illusionner notre progrès spirituel !

Le juste au contraire va s’abîmer dans la prière, jusqu’à s’ignorer lui-même… Ma vie est désormais cachée avec le Christ, en Dieu (Col 3, 3). Quel combat parfois pour quitter le monde éphémère des évaluations, des critiques, des idéologies et jeter toutes ses fausses convictions dans l’évangile, avec humilité à la recherche de l’unique vérité…Le diable n’aime pas les cœurs droits et sincères, les cœurs confiants comme celui d’un(e) enfant… et pourtant, le repos est promis : Mon âme est en moi comme un enfant, un enfant tout contre sa mère (Ps 130)… L’humilité est bien la mère des vertus….

Et lorsque nous combattons, inscrivons en notre prière l’étendard de la croix, son triomphe (cf hymne Vexilla Regis) : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (Mt 24, 13). Et de fait, ne nous laissons pas abattre (Rm 12, 21) car « aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais avec la tentation il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter. » 1 Co 10, 13.

« Heureux l’homme qui supporte patiemment la tentation (peirasmos) ; car, après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. » Jc 1, 12.
Seigneur Jésus, Toi le Fils du Dieu Vivant, aie pitié de moi pécheur… Père, délivre-nous du mal, et ne permets pas que nous soyons soumis à la tentation… Peut-être pourrions-nous dimanche après dimanche regarder à la lumière du Christ les tentations fondamentales de notre humanité : le pouvoir, l’avoir, la gloire ? Qu’en pensez-vous ?

Belle course, bon combat, joyeux courage. Avec vous, fraternellement, Frère Bruno.