Homélie du Père Alexandre Joly le 22 avril

Classé dans : à noter !, blog | 0

Homélie du Père Alexandre Joly le 22 avril

C’est quand même extraordinaire, vraiment extraordinaire ! Oui, et nous pouvons jubiler sans fin : « Voyez quel amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1Jn 3, 1). Voilà une source de joie intarissable, nous sommes enfants de Dieu ! Chacun d’entre nous peut se tourner vers celui qui est au-delà de tout, qui est plus grand que tout, qui est tout-puissant, et l’appeler “Abba, Père” ! Tout à l’heure, unanimes, nous allons pouvoir nous tourner vers le Créateur de tout l’univers et l’appeler : « Notre Père » ! Voilà qui est grand, et qui dépasse notre compréhension.

Cette paternité de Dieu à notre égard n’est pas générale et diffuse : elle est communautaire et personnelle. Personne ne peut appeler Dieu « Mon Père » en excluant
les autres : Jésus, qui seul pouvait appeler Dieu « Mon Père », invite Marie-Madeleine à rassurer les disciples en leur disant : « Je monte vers mon Père », « vers mon Dieu », ajoutant aussitôt, « vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Personne ne peut appeler Dieu « Notre Père » en oubliant que Dieu est bien « mon Père », celui qui me connaît et qui m’aime, qui connaît le profond de mon cœur, mes joies et mes tristesses, mes réussites et mes échecs, qui connaît tous les événements qui ont pu habiter ma vie et mon existence. Dieu est le Père plein de bonté, dont le nom est Miséricorde, qui nous conduit, grâce au Bon Berger, qui nous comble de la vie divine par son propre Fils. Frères et Sœurs, jubilons de ce grand mystère de la Paternité de Dieu et de sa douce bienveillance à notre égard.

Sa bienveillance n’est pas faible et gentillette : après Abraham, il nous adresse la parole pour nous exhorter : « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn 17, 4). D’ailleurs, comme le rappelle le Pape François dans sa récente exhortation sur la sainteté : « Le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons “saints et immaculés en sa présence, dans l’amour” (Ep 1, 4) » (GE 2).

Nos trois jubilaires, ont-ils fait autre chose que répondre à cet appel du Seigneur ? Donner sa vie tout entière au service de Dieu et de l’Église, comme prêtre ou comme religieuse, est-ce autre chose que répondre à l’invitation du Seigneur, qui choisit et appelle, marcher en sa présence et être parfait ? Oh, comme le dit le Pape François à propos dans saints : « Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur » (GE 3). Père Prévost, sœur Geneviève, mère Cécile, c’est ce que vous avez cherché à mettre en œuvre en vous engageant dans une vie consacrée, et c’est ce que vous cherchez à mettre en œuvre encore aujourd’hui. Nous ne pouvons que rendre grâce avec vous, et remercier le Seigneur de vous avoir appelés et de vous avoir donné la force et la folie de répondre lui.

« Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux » (GE 11). Être évêque, prêtre, religieuse ou religieux n’est pas être saint, et j’en sais quelque chose ! Cependant, en vous mettant au service de l’Église et du Christ, vous êtes des prophètes qui interpelez le monde, les croyants, pour que « chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1Co 12, 7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui » (GE 11).
Certes, comme le dit saint Jean, « le monde ne nous connaît pas » (1Jn 3, 1). D’ailleurs, qui peut prétendre connaître la vraie grandeur de l’autre ? Qui peut prétendre connaître toutes les merveilles que Dieu accomplit chez l’autre ? et même, qui peut prétendre connaître toutes les merveilles que Dieu accomplit en lui ? Ce que nous savons, c’est que « personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la  communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple » (GE 6).

Ainsi, Raymond, Cécile et Geneviève, vous êtes là parce que vous avez choisi d’aimer le Christ et de lui donner votre vie, vous êtes là parce que vous vous êtes mis à genoux devant les hommes blessés pour leur laver les pieds, vous êtes là parce que vous avez servi et vous servez le peuple qui appartient à Dieu, vous êtes là parce que vous êtes portés par le troupeau que le vrai berger conduit, le troupeau pour lequel le bon pasteur donne sa vie.
La clef de votre vie est bien l’articulation du commandement de Dieu, « Aime Dieu de tout ton cœur, aime ton prochain comme toi-même ». Nous cherchons toute notre vie à bien articuler cet unique/double commandement.

Chacun d’entre vous cherchez à le vivre, à votre manière. Je voudrais juste rappeler un point pour chacun, non pas pour vous canoniser, mais pour que vous soyez prophètes aujourd’hui dans votre communauté paroissiale. Sœur Geneviève et la réconciliation. Sœur Cécile et l’accueil d’une mission trop grande. Père Raymond et le service qui va jusqu’au bout, dans l’obéissance.

« Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels » (GE 14).

En ce dimanche du bon Pasteur, où nous prions pour les vocations, en ce dimanche de fête et de Jubilé, j’invite chacun à écouter la voix du Seigneur : « Marche en ma présence et sois parfait », à laisser cette question résonner au plus profond de son être, pour y répondre en vérité. La question se pose à toutes les étapes de notre existence. Elle se pose tout particulièrement pour les plus jeunes. Comment puis-je marcher en présence du Seigneur, comment puis-je être parfait ? Puisque le bon berger me connaît, m’aime et donne sa vie pour moi, comment puis-je le connaître, l’aimer et lui donner ma vie ? Puisse le jubilé de nos trois frère et sœurs, de nos trois amis, faire résonner l’appel dans le cœur de nombreux jeunes, peut-être parmi nous ce matin dans l’église, en les invitant à donner à leur tour leur vie au Seigneur et choisir d’être prêtre, diacre, religieuse, religieux, consacré, et être prophète de la bienveillance de Notre Père pour toute personne dans notre monde, suivant le bon berger dans la force de l’Esprit Saint, Amen !

Père Alexandre Joly